Deux chiffres figurent sur toute perceuse-visseuse, et ils s'opposent. Le couple, exprimé en newtons-mètres, mesure la force de rotation : c'est lui qui enfonce une vis de 6 dans un chevron. La vitesse, en tours par minute, sert au perçage : un foret coupe proprement à haut régime, il chauffe et bourre à bas régime.
D'où le sélecteur à deux positions, présent sur presque toutes les machines et que beaucoup ne touchent jamais. La position 1 donne un régime lent et un couple élevé, pour visser, pour les grosses mèches plates et pour une scie-cloche. La position 2 monte le régime et abaisse le couple, pour les petits forets dans le bois et le métal. Percer un trou de 60 mm en position 2 fait fumer le bois et cale la machine.
Reste la bague crantée derrière le mandrin, qui n'est pas un réglage de puissance mais un limiteur. Elle fait débrayer l'outil quand la résistance dépasse le cran choisi, avant d'arracher la tête de vis ou de tordre le poignet. Le symbole du foret, tout au bout de la bague, désactive ce limiteur et donne le couple maximum : position réservée au perçage.
Les deux machines percent le béton sur le papier, pas de la même façon dans les faits. Une perceuse à percussion ajoute à la rotation une vibration axiale obtenue par deux disques crantés. L'énergie de chaque coup reste faible, sous les 2 joules, avec une cadence très élevée. Elle est à l'aise dans la brique, le parpaing et le béton cellulaire, et s'essouffle dans le béton armé au delà d'une douzaine de millimètres.
Le perforateur travaille autrement. Un piston électropneumatique frappe l'arrière du foret, avec une énergie par coup de un à une quinzaine de joules selon les modèles, à cadence bien plus lente. C'est ce chiffre en joules qu'il faut lire, pas la puissance en watts. Beaucoup de perforateurs ajoutent une fonction burinage, rotation coupée, qui ouvre une saignée ou décolle un carrelage.
Le repère pratique est simple. Quelques chevilles par an dans une cloison ou un mur de brique : la percussion suffit. Une terrasse à sceller, du béton banché, une traversée de dalle : le perforateur, et rien d'autre.
Le point de blocage est presque toujours là. Une perceuse classique reçoit un mandrin auto-serrant, généralement de 13 mm, qui accepte les queues cylindriques lisses. Un perforateur reçoit un mandrin SDS-plus, dans lequel le foret coulisse sur des rainures et se verrouille sans clé : ces deux montures ne sont pas interchangeables, et un foret SDS ne tient pas dans un mandrin classique.
La troisième famille est le porte-embout hexagonal de 6,35 mm, le quart de pouce des visseuses à chocs. Une visseuse à chocs n'est pas une perceuse : son marteau rotatif débloque un boulon grippé et enfonce un tirefond, mais il casse les vis à bois fines et ne perce pas droit. Une clé à chocs annoncée à 400 Nm sert à la mécanique, pas à monter une bibliothèque.
C'est la meuleuse d'angle qui envoie le plus de monde aux urgences, et le carter de protection en est la raison. Il gêne, il se tourne, il ne se retire pas. Sans lui, un disque qui éclate part dans l'axe du corps. Trois autres règles vont avec : la vitesse maximale imprimée sur le disque doit être supérieure ou égale à celle de la machine, un disque à tronçonner ne s'utilise jamais à plat pour meuler, et la poignée latérale reste montée, car elle donne le seul bras de levier capable de contrer un rebond.
Sur un perforateur, ce rebond porte un autre nom. Quand le foret se coince dans un fer à béton, c'est la machine qui tourne, et le poignet avec. La poignée auxiliaire n'est pas un accessoire, et l'embrayage de sécurité présent sur les bons modèles ne se contourne pas.
La poussière mérite plus qu'une ligne. Percer et poncer du béton libère des particules de silice qui se logent durablement dans les poumons. Un dispositif d'aspiration monté sur le nez du perforateur, ou un aspirateur de chantier raccordé à la ponceuse, change complètement l'exposition. Un aspirateur ménager se colmate en quelques minutes et rejette les fines dans la pièce.
C'est la décision la plus structurante du rayon, et elle se prend souvent sans y penser. Une batterie Ryobi ONE+ 18 V ne se monte pas sur une DeWalt XR, un pack Parkside 20 V ne va pas sur un outil Bosch, et aucun adaptateur sérieux ne comble l'écart. Le premier outil choisit la marque des dix suivants.
La contrepartie est intéressante une fois le choix fait. Les machines existent en version nue, sans batterie ni chargeur, à un prix nettement inférieur au pack complet : quand on possède déjà deux packs, ajouter une scie sauteuse devient rentable. L'arbitrage se joue donc à l'entrée, sur l'étendue du catalogue et le prix des batteries de rechange, pas sur la seule perceuse du jour.
Le voltage détermine ce que l'outil peut fournir : plus il monte, plus le couple disponible est élevé, d'où les plateformes 36 V et 54 V sur les machines de jardin et les scies. L'ampère-heure mesure la réserve, une batterie 5,0 Ah tenant environ deux fois et demie plus longtemps qu'une 2,0 Ah de même tension.
Ce que la fiche ne dit pas, c'est que la capacité influe aussi sur le courant que le pack accepte de délivrer. Un compact 2,0 Ah convient à une visseuse et allège la main au plafond. Le même pack sur une meuleuse ou une scie sauteuse chauffe et déclenche la coupure thermique en pleine coupe. La bonne combinaison est souvent un petit pack pour visser et un gros pour les outils gourmands.
Sur les machines qui tournent longtemps au même endroit, le câble reste supérieur. Une ponceuse, une meuleuse ou une perceuse à colonne délivrent une puissance constante du début à la fin, sans autonomie à gérer. À performance égale, le filaire coûte aussi bien moins cher : une meuleuse de 1200 à 1400 W en 125 mm se situe sous le prix d'une seule batterie haute capacité.
Certaines familles n'existent d'ailleurs quasiment qu'en filaire : ponceuse girafe télescopique pour les plafonds, lamelleuse, grignoteuse à tôle, poste à souder, aspirateur de chantier. La bonne panoplie mélange les deux mondes.
Le coffret garni de trente-cinq accessoires est le cadeau facile, et celui qui finit au fond d'un placard. Les consommables fournis sont génériques : les forets s'émoussent au deuxième trou dans du béton, les disques d'un outil rotatif s'usent en quelques minutes. Et personne n'utilise trente-cinq accessoires, on en use trois et on rachète les mêmes.
Pour un usage réel de trois trous par an, une perceuse-visseuse d'entrée de gamme et un jeu de forets de marque valent mieux qu'une machine impressionnante mal accompagnée : le consommable pèse plus lourd que la machine sur le résultat. Un coffret garde son intérêt quand il contient un outil vraiment complémentaire, un aspirateur ou une seconde batterie.
Pour quelques chevilles dans de la brique, oui. Pour du béton armé ou du perçage répété au delà de 12 mm, elle s'use vite et fatigue l'utilisateur.
Une quarantaine de newtons-mètres couvre le mobilier, les tasseaux et la plupart des vis à bois. Au delà, le gain concerne les grosses mèches et les scies-cloches, pas le vissage courant.
Uniquement en désactivant la percussion et avec un foret adapté, à basse vitesse. Percussion active, l'émail éclate avant que le foret ait mordu.