Science fiction et fantasy

Deux mots sur l'enseigne, six promesses derrière

Science-fiction et fantasy sont réunies par commodité de rangement, alors que rien n'oblige un amateur de l'une à supporter l'autre. Le vrai découpage se joue un cran plus bas, au niveau du sous-genre : c'est lui qui décide si le livre ira jusqu'au bout ou s'arrêtera page quarante.

  • Le space opera déploie des empires et des dynasties sur des siècles. Le plaisir vient de l'ampleur, en échange d'une foule de personnages à retenir dès les premiers chapitres.
  • La science-fiction à idée tient sur une seule hypothèse poussée jusqu'au bout. Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes, part d'une opération qui augmente l'intelligence d'un homme et n'a besoin de rien d'autre.
  • La dystopie installe une société verrouillée et observe qui s'y adapte. Watch Me, de Tahereh Mafi, ouvre une série située dix ans après la chute du régime décrit dans le cycle Shatter Me.
  • La fantasy épique construit un monde entier, sa carte, ses peuples et son apprentissage, et se déploie presque toujours sur plusieurs volumes.
  • La fantasy historique greffe le merveilleux sur une époque réelle. Les Lames du Cardinal, de Pierre Pevel, installe des dragons dans le Paris de Richelieu et se lit comme un roman de cape et d'épée.
  • La romantasy renverse la hiérarchie : la relation amoureuse commande, le monde imaginaire sert de décor. Un Palais de cendres et de ruines, troisième volume de la série ACOTAR, en relève pleinement.

Le cycle inachevé, le risque que ce rayon est seul à porter

Ailleurs, un auteur qui traîne fait attendre. Ici, il peut laisser une histoire ouverte pendant des années, parce que le genre se publie en cycles et qu'un cycle n'existe vraiment que si son dernier volume paraît. Le cas le plus commenté reste celui du Trône de fer, dont le cinquième roman date de 2011 et dont la suite demeure inédite : plus de quinze ans d'attente pour des lecteurs qui avaient commencé de bonne foi.

Une vérification passe donc avant toutes les autres : le cycle est-il terminé ? Une trilogie close se donne sans arrière-pensée. Les Lames du Cardinal, parue entre 2007 et 2010, en est une : trois volumes, une histoire, une fin. Un cycle ouvert engage au contraire le lecteur dans une attente dont personne n'a la maîtrise.

Deux issues quand le doute persiste. Le roman autonome, très présent ici et sous-estimé en cadeau, Des fleurs pour Algernon en tête. Ou le cycle achevé de longue date, comme les sept volumes de Harry Potter, dont Harry Potter et la Chambre des Secrets est le deuxième : l'ensemble est complet, reste à savoir où en est le lecteur.

Sur un cycle traduit, le numéro du tome ne dit pas ce qu'on croit

Un roman étranger épais est souvent redécoupé pour l'édition française, pour des raisons de fabrication. Le Trône de fer en donne l'exemple le plus connu : cinq romans en langue d'origine, quinze tomes en français chez Pygmalion puis en poche chez J'ai lu. Le tome 4 français n'est pas le quatrième roman, c'est un morceau du deuxième.

Les conséquences sont concrètes. Un lecteur qui possède les tomes 1 à 3 se trouve peut-être au milieu d'un livre et non au bout de trois. Le nombre de volumes affiché sur une fiche ne renseigne pas sur son avancement réel.

Le mot intégrale sert alors à recoller les morceaux, mais il ne recouvre pas toujours la même étendue. Une intégrale du Trône de fer restitue un roman d'origine, pas la saga. Une intégrale des Lames du Cardinal réunit la trilogie entière. Le même mot désigne tantôt un livre, tantôt un cycle : le nombre de pages et le sommaire tranchent.

Mélanger deux traductions sur une même série se voit dès la page trois

La traduction pèse ici pour une raison propre au genre : les noms inventés sont traduits eux aussi, et ils changent d'une version à l'autre. Le Seigneur des anneaux a d'abord paru en français dans la traduction de Francis Ledoux, au début des années soixante-dix. Daniel Lauzon en a livré une nouvelle entre 2014 et 2016, et les noms ont bougé : Sacquet est devenu Bessac, Sylvebarbe est devenu Barbe Feuillue.

Offrir un volume dans une version quand le destinataire possède les autres dans l'autre revient donc à lui donner un livre où les personnages et les lieux ont changé de nom. Sur un roman isolé, la question ne se pose pas. Sur une série, elle décide de l'achat, et la parade tient en un coup d'oeil aux premières pages, où le traducteur est crédité.

Deux remarques complètent le tableau. Traduire est parfois un travail d'écriture à part entière : Des fleurs pour Algernon se présente en comptes rendus dont l'orthographe s'améliore puis se dégrade, effet qu'il a fallu reconstruire en français, ce qu'a fait Georges H. Gallet dès 1972. Par ailleurs, un titre change souvent de collection au fil des rééditions, comme Les Lames du Cardinal passée de Bragelonne à Folio SF. Même texte, autre couverture, et un lecteur peut détenir le livre sans reconnaître l'objet.

Poche ou grand format : sur un pavé, la question devient physique

Le rayon aligne des volumes épais, et l'épaisseur transforme une préférence en contrainte matérielle. Passé un certain nombre de pages, un poche se referme seul, casse au dos et se lit à deux mains. C'est d'ailleurs pourquoi l'édition française découpe les gros romans étrangers plutôt que de les imprimer d'un bloc.

Le calendrier ajoute sa propre contrainte. Le grand format sort le premier, le poche suit longtemps après. Quelqu'un qui suit un cycle en cours et veut lire la suite dès sa parution n'a pas le choix du format, et lui offrir le poche revient souvent à lui offrir un titre déjà lu.

Reste la cohérence de la rangée, à laquelle les lecteurs de cycles tiennent plus qu'ailleurs. Une série entamée en poche se poursuit en poche, faute de quoi les dos ne s'alignent plus. La remarque vaut aussi pour les collections parallèles : Harry Potter et la Chambre des Secrets existe en Folio Junior, en album illustré par Jim Kay et en édition illustrée par MinaLima, trois objets pour un texte unique, traduit dans tous les cas par Jean-François Ménard. Le bon cadeau prolonge la rangée existante, ou l'ignore franchement en assumant le bel objet.

Offrir à quelqu'un dont on n'a jamais vu les étagères

Le lecteur d'imaginaire lit beaucoup et possède déjà les titres les plus exposés. Viser la nouveauté la plus visible est donc le plus mauvais calcul. Trois leviers valent mieux.

Le premier tient aux prix spécialisés. Le Grand Prix de l'Imaginaire, créé en 1974 et rebaptisé ainsi en 1992, distingue chaque année des romans francophones et étrangers, et récompense aussi les traductions. Ces palmarès mettent en avant des livres solides qui ne saturent pas les vitrines, donc rarement reçus en double.

Le deuxième est le point d'entrée dans un univers connu. Watch Me ouvre une série qui se tient seule dans un décor déjà fréquenté par beaucoup : le livre fonctionne pour qui connaît la série d'origine comme pour qui la découvre.

Le troisième consiste à se méfier du numéro affiché. Un volume 2 n'est pas forcément un milieu de cycle : Oversummoned, Overpowered and Over It compte deux tomes en tout, le second est donc une fin. Le chiffre ne signifie rien sans le total.

Un point encore, souvent négligé : le rayon ne dit pas le public. La romantasy est fréquemment classée avec les romans pour adolescents alors que plusieurs séries majeures, ACOTAR en tête, ont été écrites pour des lecteurs adultes et comportent des scènes explicites. Pour un jeune lecteur, mieux vaut lire le contenu annoncé que se fier à l'emplacement en magasin.

Questions fréquentes

Comment savoir si une saga est terminée avant de l'offrir ?

En cherchant la date du dernier tome paru et le nombre de volumes annoncé. Un cycle dont le dernier titre remonte à plusieurs années sans suite programmée reste ouvert, ce qui n'est pas un défaut mais s'assume.

Faut-il offrir une intégrale plutôt que des tomes séparés ?

Oui si le destinataire ne possède rien de la série, car elle supprime toute erreur de numérotation. Non s'il a déjà commencé : il lui faut alors le tome exact qui manque, dans la même collection.

La science-fiction convient-elle à quelqu'un qui n'en lit jamais ?

Oui, à condition de choisir un roman autonome bâti sur une seule idée plutôt qu'un cycle à univers. L'entrée est immédiate et aucune culture du genre n'est nécessaire.

Comment vérifier qu'une traduction correspond à celle qu'on possède déjà ?

Il suffit de comparer le traducteur crédité en tête du volume avec celui des tomes déjà possédés. Sur une série dont les noms propres ont été retraduits, c'est la seule vérification qui compte.

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