C'est le sujet à traiter avant tous les autres. L'eau de Javel mise en contact avec un produit acide libère du chlore gazeux. Les acides en question sont partout sous l'évier : détartrant, anticalcaire, gel WC, esprit de sel, vinaigre blanc. Le gaz irrite les bronches immédiatement, et dans les cas sérieux l'œdème pulmonaire peut apparaître avec plusieurs heures de retard, ce qui trompe la victime persuadée d'en être quitte.
Le second mélange à connaître associe la Javel et l'ammoniaque, présente dans certains nettoyants pour vitres et décapants. La réaction produit des chloramines, gaz toxiques pour les voies respiratoires, et des cas mortels par inhalation en milieu domestique ont été documentés. Une enquête de l'ANSES publiée en 2020 estimait qu'environ un quart des Français avait déjà mélangé deux nettoyants, le plus souvent sans savoir ce qu'il risquait.
Le piège n'est pas tant le mélange volontaire que le mélange par succession. On verse un gel WC chloré, puis un détartrant dix minutes plus tard dans la même cuvette : la réaction est celle d'un mélange direct. Un seul produit à la fois, de l'eau claire entre deux opérations, la fenêtre ouverte.
Les losanges rouges bordés de blanc ne sont pas un habillage graphique. Ils suivent le règlement européen CLP et chacun a un sens précis. Deux d'entre eux se confondent souvent. Le point d'exclamation, référencé SGH07, signale un produit irritant ou nocif, dont l'effet reste réversible : rougeur, démangeaison, inflammation légère. Le pictogramme de corrosion, SGH05, avec ses gouttes qui rongent une main et une surface, annonce des brûlures graves et irréversibles. Un déboucheur ou un décapant four porte le second, ce qui change le niveau de protection à prendre. Sous les pictogrammes, les mentions commençant par H décrivent le danger, celles commençant par P donnent la conduite à tenir.
Le déconditionnement est la cause d'accident domestique la plus évitable qui soit. Les centres antipoison français reçoivent plus de six mille appels par an pour des ingestions accidentelles de produits transvasés, et dans près de 60 % des cas le produit avait été versé dans une ancienne bouteille d'eau, de jus ou de soda. Une personne sur deux concernée présente ensuite des signes d'intoxication.
Trois choses disparaissent en même temps que le flacon d'origine : l'étiquette avec ses pictogrammes, le bouchon de sécurité conçu pour résister aux jeunes enfants, et la forme du contenant qui signale un produit dangereux. Un liquide bleu dans une bouteille d'eau minérale ne dit rien à personne, surtout pas à un enfant de deux ans. Les produits d'entretien restent la première cause d'intoxication accidentelle recensée chez les moins de quinze ans. Le rangement suit la même logique : en hauteur, dans un placard fermé, jamais sous l'évier à portée de main. Les pastilles colorées pour lave-vaisselle ou machine à café, du type Krups XS300010, ressemblent à des bonbons et méritent le même traitement.
La confusion coûte cher en produits inutiles. Un nettoyant multi-usage, concentré BiOHY ou spray du type Cif Infinite Clean, décolle et emporte la salissure sans prétendre réduire la population microbienne, ce qui suffit sur un plan de travail ordinaire. Un désinfectant, à l'image d'un Sanytol pour le linge, agit sur les micro-organismes mais n'a aucune capacité à dissoudre le gras.
D'où un ordre des opérations que les emballages passent sous silence : on nettoie d'abord, on désinfecte ensuite. Les normes européennes qui valident ces produits, EN 1276 pour l'activité bactéricide et EN 14476 pour l'activité virucide, sont passées soit en condition propre, soit en condition sale. Un produit homologué uniquement en condition propre n'a jamais été éprouvé sur une surface grasse. Reste le désodorisant, spray textile ou bloc parfumé pour les WC, qui masque une odeur sans nettoyer ni assainir.
Un désinfectant n'agit pas à l'instant où il touche la surface. Il lui faut une durée d'action, indiquée sur l'emballage, pendant laquelle la surface doit rester humide. Pulvériser puis essuyer dans la foulée revient à faire un nettoyage, rien de plus. Les durées varient beaucoup d'une formule à l'autre.
C'est aussi ce qui explique la texture de certains produits. Un gel épais, ou un anti-moisissures destiné aux joints de douche, est formulé pour tenir sur une surface verticale au lieu de couler dans le bac. Cette adhérence n'est pas un agrément d'usage, c'est la condition pour que le produit atteigne sa durée d'action.
Doubler la dose est le réflexe le plus répandu et le moins productif. L'excès de tensioactif ne part pas au rinçage, il forme un film légèrement collant qui retient la poussière, d'où cette impression que la surface se salit plus vite qu'avant. Sur les vitres, le même excès laisse des voiles imputés au chiffon.
Le linge subit le même sort. Une lessive surdosée, y compris une formule douce pour linge sensible, laisse des résidus dans les fibres et encrasse le tambour. Les nettoyants machine, pastilles Calgon pour le lave-linge ou produits Finish pour le lave-vaisselle, corrigent une partie de cet encrassement, mais ils traitent un problème que le bon dosage aurait évité. Le bouchon d'un concentré n'est pas une louche : dilué au ratio prévu, un litre couvre plusieurs mois.
Le marbre est le cas d'école. C'est une roche calcaire, et un produit acide en attaque la calcite en quelques dizaines de secondes. La marque obtenue est une zone mate, définitive, que seul un ponçage professionnel efface. Vinaigre blanc, jus de citron et anticalcaire sont donc à écarter d'un plan de travail en marbre ou d'une pierre naturelle claire, même dilués. La Javel n'y a pas davantage sa place, elle peut provoquer un jaunissement sur une finition polie.
Le bois demande une autre prudence. Un parquet huilé ou ciré supporte mal l'eau en quantité et les alcalins puissants, qui décapent la finition avant de tacher la fibre. Sur l'inox, une cire nettoyante s'applique dans le sens du brossage et jamais en cercles. Quant aux abrasifs, un grattoir en cuivre reste doux sur une cocotte en fonte, mais il détruit un revêtement antiadhésif en un seul passage.
Sur les vitres, la raclette en silicone devance le chiffon seul, parce qu'elle évacue l'eau sale au lieu de la répartir. Un lave-vitre magnétique s'emploie sur du double vitrage, à condition de vérifier l'épaisseur admissible, souvent donnée dans une plage de 3 à 30 mm : au delà, l'aimantation lâche et le bloc extérieur tombe. Autre détail, ne pas laver en plein soleil : le produit sèche avant le passage de la raclette. Ailleurs, un balai japonais capte la poussière fine sans la faire voler.
Un piège à mites alimentaires à phéromones capture les mâles et sert surtout d'indicateur : tant qu'il se remplit, une source vivante subsiste dans un paquet de farine, de riz ou de fruits secs, et c'est ce paquet qu'il faut trouver. Le principe vaut pour les moucherons, dont le foyer est presque toujours un fruit oublié ou un siphon encrassé. Les diffuseurs anti-moustiques s'utilisent dans une pièce que l'on aère, et l'usage continu dans la chambre d'un nourrisson est déconseillé par les fabricants.
Côté humidité, un absorbeur à recharges assèche l'air d'une pièce mal ventilée, ce qui soulage sans régler la question. Quand les moisissures reviennent au même endroit après traitement, la cause est une ventilation insuffisante ou un pont thermique. Le produit anti-moisissures nettoie la tache, il ne modifie pas le mur.
Non. Le vinaigre blanc est un acide et abîme le marbre, la pierre calcaire et certains joints. Le bicarbonate reste un abrasif. Naturel ne signifie pas neutre.
Rarement. Un nettoyage régulier suffit sur la plupart des surfaces. La désinfection se justifie sur les points de contact et après manipulation d'aliments crus.
Rincer abondamment à l'eau pendant au moins quinze minutes sans frotter, puis appeler le centre antipoison ou le 15, l'étiquette du produit sous les yeux.