Le rayon porte deux mots sur son enseigne et abrite au moins quatre genres, dont les lecteurs se recoupent beaucoup moins qu'on l'imagine. Quelqu'un qui dévore les enquêtes anglaises peut refermer au bout de trente pages un thriller domestique, et l'inverse est tout aussi vrai. Avant de regarder les couvertures, il faut savoir laquelle de ces quatre promesses on cherche.
Un crime, un enquêteur, des indices, une résolution. Le moteur est intellectuel : le lecteur cherche en même temps que le personnage et veut avoir sa chance de trouver avant lui. C'est le domaine du whodunit classique dont Agatha Christie reste la référence, et celui des enquêtes contemporaines menées par une équipe, comme chez Céline Denjean ou Nicolas Beuglet. On y accepte des longueurs de procédure, parce que la mécanique fait le plaisir.
Ici la menace vient de l'intérieur du cercle intime : un couple, une maison, une famille, un voisin. Il n'y a souvent pas d'enquêteur du tout. Le ressort est le doute, le narrateur dont on ne sait plus s'il dit vrai, et la révélation qui oblige à relire mentalement tout ce qui précède. Lisa Jewell, J.P. Delaney, Sue Watson ou Liz Moore travaillent ce terrain. Le lecteur qui aime chercher un coupable peut trouver le procédé manipulateur, celui qui aime être retourné en redemande.
Le crime n'y est qu'un point d'entrée. Ce qui intéresse l'auteur est le milieu, la ville, la misère, l'engrenage, et rien ne garantit que l'ordre soit rétabli à la fin. R. J. Ellory du côté américain, ou un titre brésilien comme celui d'Edyr Augusto, relèvent de cette veine. C'est le sous-genre le plus littéraire et le plus sombre, à réserver à un lecteur qui ne cherche pas d'abord une énigme.
Un meurtre, oui, mais hors champ, sans détail insoutenable, dans un village, une librairie ou une auberge. L'enquêteur est un amateur, l'humour tient une place réelle, et le vrai sujet est la petite communauté. Une série comme Les Détectives du Yorkshire en donne le ton. C'est le cadeau le plus consensuel du rayon, y compris pour un lecteur qui dit ne pas aimer les polars.
Beaucoup de titres appartiennent à un ensemble, et rien sur la couverture ne le signale toujours clairement. Trois cas se présentent, et ils n'ont pas les mêmes conséquences.
La trilogie fermée raconte une histoire unique découpée en trois volumes, comme un ensemble vendu sous un même titre chapeau. L'ordre y est impératif, et offrir le deuxième volume à quelqu'un qui n'a pas lu le premier revient à lui donner un livre inutilisable. La série à enquêteur récurrent fonctionne autrement : chaque tome résout son affaire, on peut donc entrer par n'importe lequel, mais la vie privée du personnage progresse d'un volume à l'autre et le lecteur qui commence au sixième récolte des révélations sur les cinq précédents. Le roman autonome, enfin, ne pose aucun problème, et c'est la majorité des thrillers français les plus diffusés.
Le réflexe utile avant d'acheter est de chercher le numéro de tome sur la couverture ou dans le titre, et, s'il y en a un, de vérifier ce que le destinataire possède déjà.
C'est un cadeau raté très classique, et il vient presque toujours de la même cause : l'algorithme d'une boutique met en avant le volume qui se vend le mieux, or dans une série qui marche, ce n'est pas le premier. Un titre affiché comme tome trois, en poche, très visible, se retrouve ainsi offert à des gens qui n'ont jamais lu les deux premiers.
La perte est double. Le lecteur découvre des retournements des tomes précédents avant de les avoir lus, ce qui les prive de leur effet, et il entre dans une intrigue dont il ne connaît pas les personnages. Dans un genre qui repose entièrement sur l'ignorance du lecteur, c'est irréversible.
La règle est simple : dans le doute, offrez le premier tome, jamais celui du milieu. Si la série est déjà commencée par le destinataire, il faut savoir exactement où il en est, sinon changez d'auteur.
Une bonne partie du rayon vient de l'anglais, du portugais ou d'autres langues, et le suspense supporte mal une traduction approximative. Le genre repose sur des effets très concrets : la phrase courte qui accélère, la fin de chapitre qui coupe au mauvais moment, le dialogue nerveux. Ces effets tiennent au découpage des phrases, donc à des choix de traduction.
Une traduction plate étire ce qui devait claquer, et le livre devient long alors que l'histoire ne l'est pas. C'est particulièrement sensible sur les thrillers construits en chapitres très brefs, où le rythme est le sujet. Le nom du traducteur figure généralement sur la page de titre, et l'appartenance à une collection installée, chez un éditeur qui publie ce genre depuis longtemps, reste l'indice le plus accessible de sérieux.
Un cas particulier mérite attention : les littératures moins traduites. Un polar brésilien ou scandinave apporte un décor et une langue qui changent du tout venant anglo-saxon, à condition d'accepter un rythme et des codes narratifs différents.
C'est le vrai sujet du cadeau, et le plus difficile à aborder, parce qu'il touche à l'intime. Le seuil de tolérance varie énormément d'un lecteur à l'autre, et il ne se déduit ni de l'âge ni du caractère.
Deux dimensions comptent. La crudité d'abord, c'est-à-dire ce que le texte décrit explicitement : une scène de crime détaillée, des sévices, une autopsie. Le thème ensuite, qui pèse souvent plus lourd : un enfant en danger, une disparition, une agression, une maladie. Un lecteur habitué au sang peut ne pas supporter un roman où un enfant disparaît, si cela résonne avec sa propre vie.
Deux précautions coûtent peu. Lire le quatrième de couverture jusqu'au bout, car il annonce le thème même quand il tait l'intrigue, et parcourir quelques avis de lecteurs, qui signalent presque toujours les passages difficiles. Face à une incertitude, l'enquête classique ou le cosy mystery évitent le problème sans renoncer au genre.
Le polar se lit vite, souvent dans les transports ou en vacances, parfois plusieurs titres dans le mois. Le poche est donc le format le plus juste pour ce rayon, et il l'est plus qu'ailleurs : peu encombrant, léger, il se corne sans regret et se prête sans arrière-pensée.
Le grand format, lui, sort en premier. Un lecteur pressé de découvrir la dernière parution d'un auteur qu'il suit acceptera de payer davantage pour ne pas attendre le passage en poche, qui intervient plus tard. C'est le seul argument solide en sa faveur pour un cadeau, avec le confort de lecture d'une typographie plus aérée.
Pour un gros lecteur, la logique du volume l'emporte souvent : deux ou trois poches d'auteurs différents valent mieux qu'un seul grand format, parce qu'ils multiplient les chances de tomber juste.
Le polar part d'un crime commis et remonte vers son auteur. Le thriller part d'une menace en cours et court vers ce qui va se produire. L'un raisonne, l'autre presse.
Sortir de sa zone habituelle plutôt que rivaliser sur les nouveautés qu'elle connaît mieux que vous. Un auteur traduit d'une langue moins courante est rarement déjà lu.
Cela dépend du titre bien plus que de l'âge. Une enquête classique ou un cosy passent sans difficulté, un roman noir ou un thriller avec violences explicites demandent d'y regarder de près.
En évitant le titre le plus visible du moment, qui est justement celui qu'elle a déjà. Un auteur du même sous-genre mais moins exposé réduit fortement le risque.