Le décret du 20 mars 2006 range les compléments alimentaires parmi les denrées alimentaires, destinées à compléter le régime alimentaire normal sous forme de doses : gélules, comprimés, ampoules, poudres. Le même texte pose la limite, leur étiquetage et leur publicité ne peuvent pas leur attribuer de propriété de prévention, de traitement ou de guérison d'une maladie humaine. Promettre de soigner ferait basculer le produit dans la catégorie du médicament.
La pharmacie ne change rien au statut : Berocca, Bion 3 ou Oenobiol restent des denrées alimentaires. Le Capteur 3 en 1+ d'Oenobiol, lui, est un dispositif médical, troisième catégorie avec son marquage CE. Un nom commercial qui évoque la tension ou la glycémie annonce donc un effet qu'aucune allégation autorisée ne couvre.
Avant toute commercialisation en France, le responsable de la mise sur le marché déclare son produit à l'administration, avec le modèle d'étiquetage et la composition. Une seconde procédure, instruite en deux mois, vise les substances non prévues par la réglementation française mais employées légalement dans un autre État membre.
Ce n'est pas une autorisation de mise sur le marché. Personne n'a vérifié en amont que la formule fonctionne : le récépissé atteste d'une formalité, le contrôle intervient a posteriori. L'argument du produit déclaré aux autorités ne dit rien de plus qu'une obligation administrative respectée.
Depuis le règlement européen de 2006, toute phrase associant un nutriment à un effet sur l'organisme doit figurer dans un registre officiel, dont la liste principale date de 2012. Ces phrases ont une tonalité reconnaissable, sobre et bornée. Le magnésium contribue à réduire la fatigue. La vitamine C contribue à la formation normale de collagène pour assurer la fonction normale de la peau. Contribuer y remplace guérir, et l'adjectif normal signale le maintien d'une fonction, jamais sa réparation.
D'où une lecture utile face au rayon collagène, de Vital Proteins à Glow25 : le collagène ne dispose d'aucune allégation autorisée. Quand une boîte de peptides parle de peau, l'allégation repose sur la vitamine C ajoutée à la formule, soit un autre ingrédient que celui qui nomme le produit.
Les plantes sont un cas plus inconfortable. Les allégations portant sur les végétaux, ashwagandha, griffonia, safran, saw palmetto, ont été mises en attente par la Commission européenne au début des années 2010 et jamais tranchées. En avril 2025, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé qu'une telle allégation reste inutilisable tant que la Commission ne l'a pas autorisée. Les formules vagues, bien-être, vitalité, détox, sont interdites si aucune phrase de la liste ne les accompagne.
Le chiffre affiché à côté de chaque vitamine renvoie aux valeurs nutritionnelles de référence, tableau européen fixé en 2011. Il décrit un adulte type unique, sans ajustement à l'âge, au sexe, à la grossesse ni à l'activité, et ne dit rien de votre situation, que seul un dosage prescrit approche.
La référence est de 80 mg pour la vitamine C, 375 mg pour le magnésium, 75 µg pour la vitamine K, 150 µg pour l'iode. Un comprimé de vitamine C à 1000 mg, format courant chez Vitascorbol, affiche donc 1250 %. Les 200 µg de K2 d'un flacon Gloryfeel, près de 270 %. Et les 12,5 mg d'iode d'un Iodoral pèsent plus de quatre-vingts fois la référence, un ordre de grandeur qui relève de l'avis médical.
Reste le cumul. Une multivitamine, un complexe calcium magnésium zinc D3 K2 et un flacon de D3 en gouttes apportent trois fois le même nutriment sans que personne n'additionne. Un pourcentage élevé ne fait pas un gage de qualité, plusieurs vitamines s'accumulant au lieu d'être éliminées.
Bisglycinate chez Granions, citrate chez Nu U Nutrition, taurate chez Hepatica, forme liposomale chez A-LAB : non pas des variantes marketing mais des sels différents, aux fractions de magnésium différentes. Dans l'oxyde, le métal représente environ 60 % de la molécule. Dans un bisglycinate, où chaque atome se lie à deux molécules de glycine, environ 14 %. La quantité qui compte est donc celle déclarée pour le nutriment, pas le poids du sel affiché dans le nom commercial, et le raisonnement vaut pour le fer, le zinc et le calcium.
S'y ajoute la nature exacte du nutriment : une vitamine D3 n'est pas une D2, et une K2 sous forme MK7, celle qu'annoncent les flacons Bio Medical Pharma ou Gloryfeel, n'est pas la K1 des légumes verts. Ces mentions vivent dans la liste des ingrédients, rarement en façade.
Naturel ne veut pas dire sans interaction, et le millepertuis en est la démonstration la mieux documentée. Puissant inducteur enzymatique, cette plante accélère l'élimination de nombreux médicaments par le foie et l'intestin et fait chuter leur concentration dans le sang. L'agence du médicament a listé les traitements concernés, contraceptifs oraux, anticoagulants antivitamine K, ciclosporine, digoxine. Le risque n'a rien de théorique : une perte d'efficacité d'un contraceptif se solde par une grossesse, celle d'un immunosuppresseur par un rejet de greffe.
D'autres produits interfèrent plus banalement. Le charbon actif, vendu en gélules par Orgaliane, fixe des composés dans le tube digestif sans trier entre ce que l'on souhaite capter et un médicament avalé au même moment. Les infusions au séné, comme la gamme Fitné, relèvent des plantes à effet laxatif dont l'étiquette porte des limites de durée. La règle : apporter la boîte au pharmacien, citer chaque complément en consultation, et ne jamais interrompre ou remplacer un traitement prescrit de sa propre initiative.
L'agence de sécurité sanitaire de l'alimentation recommande d'éviter pendant la grossesse la multiplication des sources de vitamines et de minéraux en l'absence de besoin établi, et de ne prendre aucun complément sans avis médical. Les produits de préconception et de maternité, Gametix F ou Vivagest, relèvent d'une prescription raisonnée.
Même logique chez l'enfant, où une dose pensée pour un adulte ne se transpose pas au jugé et où le cumul avec des aliments enrichis passe inaperçu : les gommes framboise de Pediakid ont l'apparence d'une confiserie. S'ajoutent les personnes sous traitement au long cours, celles qui vivent avec une pathologie du foie, du rein ou de la thyroïde, et celles qui vont subir une intervention. La nutrivigilance recueille les effets indésirables signalés.
La réglementation a tranché ce point à votre place, et la phrase est obligatoire sur chaque boîte : un complément alimentaire ne se substitue pas à un régime alimentaire varié et équilibré ni à un mode de vie sain. C'est la limite des rayons détox, minceur et brûleurs : une infusion, un capteur ou un complexe de plantes ne modifie ni l'assiette ni la dépense d'énergie, et aucune allégation autorisée ne promet de perte de poids.
Offrir un complément alimentaire revient à formuler un avis sur le corps de quelqu'un d'autre. Brûleur de graisse, formule anti-chute, produit ménopause, booster de testostérone : le message reçu porte moins sur le produit que sur ce que l'on suppose du destinataire. Vous ignorez en outre ses traitements en cours et ses antécédents, or ces informations conditionnent l'usage.
Deux situations sauvent l'idée : la personne a nommé le produit et un réassort lui rend service, ou le complément accompagne un cadeau dont il n'est pas le coeur. Dans le doute, un thé ou un livre disent la même attention sans prêter d'intention. Et pour vous, cinq lignes suffisent à trier une fiche.
Que la portion dépasse la référence d'un adulte type. Ni interdit ni souhaitable en soi : pour les nutriments qui s'accumulent, l'écart se discute avec un professionnel de santé.
À un effet annoncé sur une maladie, un organe ou un paramètre médical, ou à une formule qui ne ressemble à aucune phrase du registre européen. La loi interdit d'attribuer à un complément une propriété de prévention ou de guérison.