L'erreur la plus répandue du rayon consiste à croire qu'une charge trop lourde se rattrape en montant d'une taille de vis. La vis ne fait que transmettre l'effort ; ce qui le reprend, c'est le matériau autour du trou, et c'est lui qui cède.
Les recommandations professionnelles sur le chevillage sont explicites : choisir une cheville suppose de connaître la nature du matériau support et, s'il s'agit de béton, son état de fissuration, car toutes les chevilles ne sont pas qualifiées pour du béton fissuré. Les référentiels d'agrément classent les supports en familles distinctes, béton de masse normale, maçonnerie pleine, maçonnerie creuse, béton d'agrégats légers, béton cellulaire, et une cheville qualifiée sur l'une ne l'est pas ailleurs.
Le premier geste utile n'est donc pas de choisir la cheville, mais d'identifier le mur. La poussière du perçage renseigne : blanche et fine, c'est du plâtre ; rouge, de la brique ; grise et granuleuse, du béton. Un foret qui part dans le vide au bout de quelques centimètres signale un support creux, ce qui change toute la famille de cheville à employer.
Les chiffres imprimés sur un sachet sortent d'essais normalisés, conduits dans un matériau donné et selon un protocole donné. Les mêmes recommandations le disent sans détour : les résistances caractéristiques figurant dans un agrément ne valent que pour les matériaux supports cités dans cet agrément. Pour un support absent de cette liste, il faut des essais d'arrachement sur place.
Trois écarts séparent l'essai du chantier. Le support d'essai est homogène et sain, le vôtre peut être fissuré, farineux ou percé trop près d'une arête. La charge d'essai est statique, une étagère à laquelle un enfant se suspend ne l'est plus. La pose d'essai est parfaite, au bon diamètre, à la bonne profondeur, dans un trou dépoussiéré. Le texte professionnel impose d'ailleurs un coefficient de sécurité supplémentaire lorsque la fixation tombe dans un joint de maçonnerie ou que les joints ne sont pas visibles, cas ordinaire d'un mur enduit.
Le repère exploitable : sur un produit de construction, ce sont le marquage et la déclaration des performances, adossés à une évaluation technique européenne, qui engagent les valeurs annoncées.
Une plaque de plâtre n'est pas un support, c'est une peau d'une douzaine de millimètres tendue devant du vide. Tout s'y joue sur la surface d'appui que la cheville crée derrière la plaque, et c'est là que se décide l'arrachement.
Trois familles de chevilles répondent au problème. La cheville plastique à expansion ne prend que dans l'épaisseur de la plaque et convient à un cadre. La cheville métallique à expansion se sertit à la pince : ses ailettes se replient derrière le parement et viennent plaquer contre le dos de la plaque. La cheville à bascule, ou papillon, ouvre deux ailes à quatre-vingt-dix degrés et offre la plus grande surface d'appui, en contrepartie d'un trou plus large et d'une pièce perdue dans la cloison si l'on ressort la vis.
Deux détails de pose décident du reste. Le trou se perce en rotation seule, car la percussion fait éclater le plâtre autour et détruit la surface même sur laquelle la cheville doit s'appuyer. Un diamètre trop grand, même d'un millimètre, laisse ensuite la cheville tourner au lieu de se déformer. Pour un meuble haut ou un radiateur, la bonne réponse n'est aucune des trois : on cherche le montant métallique de l'ossature, on ajoute un renfort, ou on traverse.
Une vis à bois classique n'est pas filetée sur toute sa longueur, et ce n'est pas une économie de matière. La partie lisse sous la tête traverse la première pièce sans y mordre, ce qui permet à la tête de plaquer les deux pièces l'une contre l'autre. Une vis entièrement filetée visse dans les deux à la fois et fige l'écart : si un jour subsiste au montage, il subsistera.
Les autres familles suivent leur matière. La vis à aggloméré est filetée sur toute sa longueur, avec un pas large qui accroche les copeaux. La vis autoperceuse forme son trou et son filet dans la tôle mince. La vis à cloison sèche, à pas très large et tête trompette, affleure sans déchirer le carton.
Reste l'avant-trou. Son foret se choisit au diamètre du noyau de la vis, le corps sans les filets, et non au diamètre extérieur, sinon le filet ne trouve plus de matière où mordre. Dans un bois dur ou près d'un about de pièce, il évite un fendage irréversible.
Les déclarations de performances décrivent des domaines d'emploi bien plus restrictifs que l'usage courant ne le laisse croire. L'acier zingué y est réservé à l'ambiance intérieure sèche. L'inox de qualité A4 couvre l'intérieur sec, les conditions atmosphériques extérieures y compris industrielles et marines, et l'intérieur à humidité permanente. Au-delà, en ambiance particulièrement agressive, on bascule sur des aciers à haute résistance à la corrosion.
Les agréments distinguent même l'état du support à la pose et l'ambiance pendant l'usage, combinés deux à deux : une fixation posée dans un support humide qui séchera ensuite ne subit pas la même sollicitation qu'une fixation qui restera mouillée.
L'inox A2, moins allié, tient une ambiance extérieure ordinaire mais supporte mal les chlorures : A4 dès qu'il y a du sel. Sur une terrasse, l'économie faite sur du zingué se voit en une saison, et la coulure de rouille laissée sur une pierre claire ne s'enlève plus.
Un profilé en L ou une plaque d'aluminium de deux millimètres se perce, se scie et se plie sans difficulté ; ce qui se prépare moins bien, c'est le contact avec un autre métal. La corrosion galvanique exige trois conditions simultanées : deux métaux différents, une continuité électrique entre eux, et un électrolyte pour fermer le circuit. En supprimer une seule suffit à l'arrêter. Dans la série galvanique, les alliages d'aluminium figurent parmi les moins nobles, sous l'acier ordinaire et les inox : dans un couple, c'est donc l'aluminium qui se sacrifie, jamais la vis.
La conclusion est plus rassurante qu'il n'y paraît. À l'air libre, un assemblage d'aluminium et de visserie inoxydable se comporte bien. Le problème surgit dès que le contact électrolytique s'améliore : immersion, embruns, sel de déneigement. Il faut alors isoler l'aluminium par une rondelle ou un joint polymère, et éviter les recoins où l'eau stagne.
Une crapaudine réglable pour portail battant, comme le modèle Empyr, occupe une place à part : c'est elle qui reprend le poids vertical du vantail, quand le pivot haut se contente de le maintenir contre le pilier. Le vantail repose donc sur cette pièce et sur son scellement, et un scellement médiocre annule la meilleure quincaillerie.
Le mot réglable est ici l'argument central. Un pilier n'est jamais parfaitement d'aplomb, et un vantail ajusté au millimètre ne l'est plus une fois posé. Une crapaudine fixe oblige à reprendre le scellement au burin, une réglable rattrape l'aplomb après coup. Un vantail plein prend d'ailleurs le vent comme une voile, et l'effort devient alterné, loin des conditions dans lesquelles une charge admissible se mesure.
Pas par elle-même. Dans une cheville donnée, changer la vis ne modifie presque rien, et une vis trop grosse fend parfois le corps de la cheville. Ce qui augmente la charge tenable, c'est une cheville adaptée au support et ancrée plus profondément. La limite finit toujours par venir du matériau.
Rempli, un meuble haut dépasse ce qu'une plaque seule encaisse durablement, d'autant que la charge tire en traction et en porte-à-faux. La bonne méthode consiste à repérer les montants de l'ossature et à s'y fixer, ou à poser un renfort derrière le parement.
Dans un bois tendre et loin des bords, non. Dans un bois dur, dans une pièce fine ou près d'un about, oui, sous peine de fendre. Le foret se prend au diamètre du noyau de la vis, mesuré sans les filets.
En lisant le support pour lequel elle est qualifiée, indiqué sur l'emballage, puis en le comparant à ce que le perçage a révélé. Une cheville prévue pour du béton plein n'a aucune tenue dans une brique creuse, où il faut une cheville qui se déforme derrière la paroi plutôt qu'une qui s'expanse contre.