Un liseré or, argent ou platine n'est pas une couleur, c'est un film de métal véritable déposé sur la pièce. Dans un micro-ondes, les ondes ne traversent pas le métal, elles s'y réfléchissent, et sur un dépôt aussi fin que le bord d'une assiette elles concentrent une charge électrique jusqu'à l'arc. En quelques secondes : étincelles, crépitement, marque brune indélébile sur le décor, et un four qui souffre. Un bol rétro à bord doré, comme il s'en trouve dans les assiettes à pâtes et riz en céramique, est fait pour servir, pas pour réchauffer.
Le lave-vaisselle pose une question voisine, avec une réponse plus nuancée. Tout dépend de l'endroit où se trouve le décor. Un motif posé sous la couverte est enfermé sous une couche de verre cuite à haute température et ne bouge plus. Un motif appliqué par dessus, cas de presque tous les rehauts métalliques, reste en surface : les détergents alcalins et le frottement des cycles le ternissent puis le mangent par plaques.
Le test se fait au doigt, pas à l'oeil. Passez l'ongle sur le motif. S'il accroche un relief, le décor est en surface et la pièce se lave à la main. S'il ne sent rien, le décor est protégé.
Le cadre européen est le règlement 1935/2004, qui impose à tout objet destiné au contact des aliments de ne pas céder à la denrée des composants en quantité dangereuse. Il prévoit un marquage, soit la mention d'usage alimentaire, soit le symbole du verre à pied et de la fourchette. La nuance que presque personne ne connaît tient dans l'exception : ce marquage n'est pas exigé pour les objets qui, par leur nature même, sont manifestement destinés à contenir des aliments. Une assiette, un verre à boire, une théière en sont dispensés.
Conséquence pratique. L'absence de pictogramme sur une assiette n'apprend rien. Sa présence devient en revanche déterminante sur tout objet ambigu, un vase, une coupe décorative, une pièce artisanale peinte à la main ou une céramique rapportée d'un voyage, dont rien ne dit qu'elle a été conçue pour recevoir de la nourriture.
La céramique a d'ailleurs son propre texte, la directive 84/500/CEE, qui plafonne les quantités de plomb et de cadmium qu'un objet peut céder aux aliments, avec une déclaration de conformité que le fabricant doit tenir à disposition. Ces deux métaux viennent des émaux colorés, et le risque se concentre sur les pièces anciennes, les productions artisanales non contrôlées et les décors éclatants jaunes, orange ou rouges. Une poterie souvenir sans marquage ne relève d'aucun contrôle, et rien n'oblige à s'en servir pour manger.
Ces appellations sont réglementées depuis la directive 69/493/CEE, transposée en France par un arrêté de 1972. Elle fixe pour chaque dénomination une composition, une densité et un indice de réfraction, tous à respecter en même temps. La ligne de partage se lit à la teneur en oxyde de plomb : au moins 30 pour cent pour le cristal supérieur, au moins 24 pour cent pour le cristal au plomb. En dessous, l'objet relève du cristallin ou du verre sonore, appellations qui admettent d'autres oxydes comme le baryum, le zinc et le potassium.
Le plomb apporte la densité, la brillance et cette note qui persiste quand on frappe le bord. Il a une contrepartie : il migre lentement dans les liquides acides, et cette migration dépend surtout de la durée du contact. D'où la règle d'usage retenue sur le sujet, une carafe en cristal au plomb sert à servir et non à stocker. Un alcool qu'on y laisse des mois n'a rien à y gagner, et une boisson destinée à un enfant ou à une femme enceinte se verse ailleurs. Le service au repas ne pose en revanche pas de difficulté.
Deux détails d'entretien complètent le tableau. Le cristal est plus tendre que le verre ordinaire, il se raye et son bord s'ébrèche facilement. Le lave-vaisselle lui donne au fil des cycles un voile blanchâtre irréversible, produit par l'alcalinité conjuguée à une eau adoucie, ce qui explique le lavage à la main tiède recommandé partout.
La contenance affichée trompe, parce qu'un verre à vin ne se remplit qu'au tiers. Un modèle de dégustation de 32 centilitres comme l'Open Up Pro Tasting de Chef et Sommelier n'est pas un grand verre : c'est un volume vide au dessus du liquide, là où les arômes se rassemblent. La paraison resserrée vers le haut ne sert qu'à cela.
La jambe n'est pas non plus un ornement. Elle éloigne la main du liquide, ce qui évite de réchauffer un blanc en dix minutes et de couvrir la paroi de traces. Les verres sans pied ont leur logique propre : un verre de bar haut, du type des verres à mojito, accueille glace et volume, et un verre beldi marocain de 210 millilitres, à parois épaisses et décor peint, se tient à la main pour le thé.
Reste le bord, que personne ne regarde. Un bord roulé forme un léger bourrelet, plus solide, plus tolérant au lave-vaisselle et au maniement rapide. Un bord coupé net et poli est plus fin, disparaît davantage sur la lèvre et s'ébrèche pour la même raison. Offrir six verres à quelqu'un qui reçoit souvent et remplit son lave-vaisselle plaide pour le premier.
Un service dit dix huit pièces pour six personnes signifie trois pièces par convive, en général une assiette plate, une creuse et une à dessert, comme dans un service Casa Collection Ethno. Il ne comprend ni plat de service, ni saladier, ni tasse. Le compter avant d'offrir évite un cadeau incomplet.
La matière décide de la suite. La faïence a un corps poreux protégé par un émail : si l'émail se craquelle, l'humidité entre et la pièce se tache de l'intérieur. Le grès est cuit plus haut, dense, lourd, très résistant aux chocs du quotidien. La porcelaine est vitrifiée dans la masse, plus fine et plus solide qu'elle n'en a l'air, et supporte le passage au four selon les modèles.
Un point pèse plus lourd que tous les autres sur la durée : le réassort. Une assiette casse toujours, et les collections décoratives sortent en série limitée. Quand la série disparaît, un service de six devient un service de cinq. Les gammes reconduites d'année en année, souvent les plus sobres, se complètent des années plus tard. Vérifiez au passage que les pièces s'empilent, un placard de cuisine se mesure en hauteur.
Un mug à message, qu'il s'agisse d'un modèle Grinch personnalisé de 325 millilitres ou d'une tasse d'escalade en céramique de chez BG Climbing ou YY Vertical, se joue sur la façon dont le motif tient. La sublimation fait pénétrer l'encre dans une couche de la pièce et résiste au lavage. Le transfert dépose un film en surface, qui se craquelle après quelques passages au lave-vaisselle. Un motif qu'on sent sous le doigt appartient le plus souvent à la seconde famille.
Deux réflexes s'imposent enfin sur le personnalisé. Un objet gravé ou imprimé à un prénom ne se reprend pas, donc l'orthographe se relit deux fois avant de valider. Et une contenance annoncée en onces demande une conversion mentale : 16 onces font près de 47 centilitres, soit un grand bol plutôt qu'une tasse.
Le plus souvent non, parce que le décor métallique est appliqué sur l'émail et non dessous. Les détergents alcalins et l'abrasion le ternissent en quelques dizaines de cycles. Le lavage à la main est la seule façon de garder la dorure intacte.
Servir et boire ne pose pas de problème, c'est le contact prolongé qui compte. Il faut donc éviter de conserver des boissons acides ou alcoolisées pendant des jours dans une carafe en cristal, et lui préférer un contenant en verre ordinaire pour le stockage.
Cherchez la mention d'usage alimentaire ou le symbole du verre et de la fourchette, obligatoires dès que la destination n'est pas évidente, et un fabricant identifiable. Sans ces éléments, mieux vaut réserver la pièce à un usage décoratif.
Le grès pour sa résistance aux chocs et son aspect chaleureux, la porcelaine pour la finesse et la solidité de la masse vitrifiée. La faïence reste plus fragile et se destine plutôt aux pièces décoratives ou à un usage occasionnel.