Soin capillaire
La confusion coûte cher en flacons inutiles. Un cheveu sec manque de lipides : le sébum ne descend pas assez loin sur la longueur, parce que la fibre est bouclée, épaisse, ou que des décolorations ont ouvert la cuticule. Il est terne, rêche, il boit les corps gras sans paraître saturé. Un cheveu déshydraté manque d'eau. Il peut être gras à la racine et cassant sur les pointes, il gonfle par temps humide et l'huile posée dessus glisse sans rien changer.
La distinction commande l'achat. Sur un cheveu sec, les corps gras travaillent : le karité d'un Garnier Ultra Doux Avocat Karité, un Dessange Huile Sublime, un masque Tsubaki de Shiseido. Sur un cheveu déshydraté, il faut d'abord des humectants, glycérine, aloe vera, panthénol, puis un corps gras par dessus pour retenir l'eau. Poser l'huile en premier revient à mettre un couvercle sur une casserole vide. Pour trancher, mouillez une mèche : souple une fois humide, il lui manquait de l'eau. Rêche même trempée, il lui manque des lipides.
La porosité décrit la facilité avec laquelle la cuticule laisse entrer et sortir l'eau. Elle explique que deux personnes réagissent à l'opposé au même masque. Le test du cheveu jeté dans un verre d'eau ne vaut rien : un cheveu enduit de résidus flotte quelle que soit sa porosité. Trois observations valent mieux.
En rayon, cela tranche. Peu poreux, préférez les textures légères, avec une serviette chaude pendant la pose. Très poreux, allez vers les soins concentrés, un masque collagène type Karseell, un sans rinçage comme le Kinky-Curly Knot Today, et un rinçage froid pour refermer.
Le mot fait fuir alors qu'il désigne une famille de détergents efficaces. Laurylsulfate et laureth sulfate de sodium moussent beaucoup et nettoient à fond. Ils ne sont pas dangereux, ils sont puissants : un avantage sur un cuir chevelu gras ou chargé de coiffants, un inconvénient sur une chevelure colorée, bouclée ou sèche, où ils emportent le gras qui protégeait la fibre. Les gammes boucles et couleur jouent le lavage doux, un Shea Moisture Coco Hibiscus, un Color Wow. Sans sulfate décrit une méthode, pas une garantie de douceur.
Un silicone est un film. Le diméthicone gaine la fibre, réduit les frottements et limite la casse mécanique. Il ne nourrit rien et ne pénètre pas, mais il ne s'accumule pas indéfiniment : un shampoing ordinaire en retire la plus grande part, et ceux qui portent le préfixe PEG sont solubles dans l'eau. L'accumulation devient réelle dans un seul cas, un lavage sans détergent classique combiné à des sans rinçage siliconés. Le symptôme ne trompe pas : cheveu lourd, mat, qui ne réagit plus à rien, et un clarifiant remet le compteur à zéro. Un sérum comme le BioSilk Silk Therapy relève de ce gainage, à doser en gouttes sur les pointes.
La kératine, le collagène ou le blé hydrolysés se fixent temporairement sur les zones abîmées de la cuticule et redonnent de la tenue. Les masques qui en contiennent, un Karseell Collagen, un KERARGAN kératine, se sentent immédiatement : le cheveu paraît plus dense, plus discipliné.
Le piège est de croire qu'on n'en met jamais assez. Un excès rigidifie la fibre : le cheveu devient sec au toucher malgré les soins, perd son élasticité et casse net au lieu de revenir. Le réflexe habituel, remettre un masque réparateur, aggrave le problème. Il faut au contraire plusieurs semaines de soins hydratants et gras, sans protéines.
Le test d'élasticité prend dix secondes : étirez doucement un cheveu mouillé. S'il s'allonge puis reprend sa forme, l'équilibre est bon. S'il casse tout de suite, il est trop chargé en protéines. S'il s'étire mollement sans revenir, elles manquent.
L'idée est tenace : espacer les shampoings apprendrait au cuir chevelu à produire moins de sébum. La production sébacée dépend d'abord des hormones et du terrain génétique, pas du rythme de lavage. Ce qui change en espaçant, c'est la répartition du gras, pas le débit des glandes.
Le geste compte davantage que la fréquence. Le shampoing s'applique au cuir chevelu, pas aux longueurs, et se masse du bout des doigts, jamais avec les ongles. Sur une tête chargée, deux applications courtes lavent mieux qu'une seule interminable. Un cuir chevelu qui démange, pèle, rougit ou se dégarnit par plaques relève du dermatologue : une formule équilibrante comme un Uriage DS Hair accompagne un confort quotidien, elle ne traite ni une dermite séborrhéique ni un psoriasis.
L'ordre va du plus fluide au plus gras : shampoing, rinçage, après-shampoing ou masque, rinçage, sans rinçage, huile. L'erreur la plus répandue consiste à poser une huile sur cheveu sec en espérant l'hydrater : une huile ne contient pas d'eau, elle retient seulement celle qui est déjà là. Les huiles de romarin et les poudres ayurvédiques comme le kapoor kachli trouvent leur place en bain avant le shampoing.
Personne ne regarde ce paramètre, il pèse pourtant lourd. Une eau dure dépose du calcium et du magnésium sur la fibre à chaque douche. Ce film minéral rend le cheveu rêche et terne, gêne la mousse, ternit une coloration fraîche et empêche les soins de se fixer. Un shampoing clarifiant ou chélatant, une fois par mois, retire ces dépôts. Un rinçage final à l'eau froide, suivi au besoin d'un rinçage acide très dilué, resserre les écailles. Une pomme de douche filtrante traite le problème à la source.
La partie visible du cheveu n'est plus vivante : aucun produit n'y recolle une fourche ni n'y reconstitue une matière absente. Les soins gainent, comblent temporairement les brèches de la cuticule et réduisent la casse à venir. Le mot réparation, sur un flacon, décrit un effet cosmétique qui part au lavage suivant, et une fourche se coupe. Les soins dits de liaison, un Olaplex N°5, un Wellaplex N°3, agissent sur les ponts internes rompus par les décolorations : utiles après un passage en salon, discutables sur un cheveu jamais traité chimiquement.
Reste la chute, la demande la plus mal servie du rayon. Une chute qui dure au delà de quelques semaines, une raie qui s'élargit, des zones dégarnies : ce sont des motifs de consultation chez le médecin ou le dermatologue, parce que les causes possibles, carence en fer, thyroïde, post partum, alopécie androgénétique, ne se règlent pas avec un flacon. Les shampoings dits anti chute, un Vichy Dercos Energy+, un Revita, un ANIAN oignon et biotine, restent des cosmétiques, et les compléments du type Biocyte, Luxéol, Oenobiol ou Viviscal restent des compléments : aucun ne pose un diagnostic, aucun ne commande une repousse. Un complément n'a d'intérêt que s'il comble une carence réelle, ce qu'établit une prise de sang et pas une étiquette.
Le cheveu ne s'habitue pas à un produit, c'est son état qui évolue avec la saison ou une coloration. Alterner un lavage doux au quotidien et un clarifiant une fois par mois a du sens, changer de marque par principe non.
Le toucher et la brillance se voient dès la première utilisation, c'est de la cosmétique de surface. Pour un vrai changement, comptez six à huit semaines, le temps qu'une longueur neuve pousse.