Lego Technic
Le rayon abandonne le picot. À la place, des poutres percées de trous, des pins qui les traversent, des axes en croix qui transmettent une rotation. On ne pose plus une pièce sur une autre, on assemble des couches côte à côte et on les solidarise par des broches. Un débutant qui a monté vingt boîtes classiques se retrouve devant une grammaire qu'il ne connaît pas.
Deux conséquences immédiates. La première est que le modèle n'apparaît qu'à la fin : pendant les deux premiers tiers du montage, on construit un châssis creux dont la forme ne dit rien. Un enfant habitué à voir sa maison ou son vaisseau prendre forme dès la première page s'y décourage. La seconde est qu'un mécanisme réclame du jeu. Le fabricant le rappelle lui-même dans ses conseils de construction : un engrenage ou un axe poussé à fond ne tourne plus. Serrer, ici, c'est casser la fonction.
À nombre de pièces égal, un Technic demande davantage de temps et surtout un autre type d'attention. La raison est structurelle : une erreur ne se voit pas quand on la commet. Un axe glissé un trou trop loin, un pin court à la place d'un pin long, et la faute se révèle vingt étapes plus tard, quand un engrenage refuse de tourner. Il faut alors rouvrir les couches déjà refermées, ce qui n'arrive jamais sur un modèle empilé.
Trois pièges reviennent. La longueur des axes se compte en trous et non en centimètres, et l'oeil ne distingue pas un axe de cinq d'un axe de sept sans le poser sur la notice. Une convention aide, les longueurs paires étant historiquement noires ou rouges et les impaires gris clair ou jaunes, mais les productions récentes s'en écartent parfois, donc elle se vérifie plutôt qu'elle ne se croit. Deuxième piège, le gris clair et le gris foncé se confondent sous une lampe faible. Troisième piège, les pins existent en version lisse, qui tourne, et en version striée, qui bloque : les intervertir donne un mécanisme grippé ou une structure molle.
Le rayon propose d'ailleurs un assortiment d'axes en pochette, utile quand une longueur manque au milieu d'un montage plutôt que pour réparer. Côté portes d'entrée, le Monster Jam DIGatron 42199 démarre à sept ans et l'avion de brousse 42198 à huit, avec des mécaniques visibles et peu de couches. À l'opposé, le RB20 42206, la McLaren MCL39 42228 et la pelleteuse Volvo EC500 42215 portent une mention pour adultes.
C'est l'information qui manque le plus sur une fiche produit, alors qu'elle décide de tout : ce qui bouge, et ce qui ne fait que ressembler.
La confusion vient du vocabulaire des annonces, où un engin de chantier est dit motorisé alors que c'est la machine réelle qui l'est. Dans ce rayon, un seul modèle embarque un moteur et son alimentation : la pelleteuse Volvo EC500 42215, dont la boîte pilote quatre fonctions et qui s'adresse aux adultes. Tout le reste se manoeuvre à la main, par une roue dentée ou un levier accessible sur le flanc du modèle.
Si la motorisation est le sujet du cadeau, vérifiez donc trois lignes sur la fiche avant de commander : la présence du moteur dans le contenu, le format des piles et l'emplacement du compartiment, souvent enfoui dans le châssis. Un modèle prévu pour être motorisé plus tard, mais livré sans moteur, produit une déception nette le jour de l'ouverture.
Deux sujets très recherchés y sont représentés deux ou trois fois, dans des systèmes différents, et le nom seul ne permet pas de les distinguer.
Pour la pelleteuse, le rayon aligne la Volvo EC500 42215, mécanique et adulte, la pelleteuse de chantier jaune 60420 qui appartient à Lego City, avec ses minifigurines de conducteur et d'ouvrier dès huit ans, et les véhicules de chantier 10475 qui relèvent de Lego Duplo dès deux ans. Trois objets, trois âges, trois façons de jouer. Le tractopelle 60480 est également un modèle City.
Pour la Formule 1, même dispersion. Le RB20 42206 et la McLaren MCL39 42228 sont des Technic. La Williams FW14B 10353 et la Ferrari F2004 11375 sont des maquettes à exposer relevant de Lego Icons et sets pour adultes. Le garage de F1 60444 et l'arrêt au stand 60443 sont des sets Lego City pour enfants dès sept ans. Les mini-voitures de collection 71049 forment encore autre chose. Enfin la Ferrari F40 10248 vient de Lego Creator 3 en 1 et la McLaren 720S 75880 de Voitures Lego et Speed Champions.
Les Technic anciens, eux, ne sont plus fabriqués : le camion-grue 8258, la dameuse 8263, la Super Car 8070, le camion remorque 8109, le pick-up dépanneuse 9395, le camion forestier 9397, le 4x4 Crawler 9398, le karting 42048 ou le terminal à conteneurs 42062 relèvent de la revente. Bonne nouvelle propre à ce rayon : leurs poutres, pins et axes sont des pièces communes à toute la gamme, donc un exemplaire incomplet se complète mieux qu'un modèle bâti sur des éléments imprimés uniques.
Parce que la construction est en couches et que chaque couche doit être exacte avant d'être refermée. Une erreur d'axe ou de pin ne se voit pas au moment où on la fait, elle se manifeste plus tard par un mécanisme bloqué, et il faut alors démonter. S'ajoute la lecture de la notice, qui demande de compter des trous plutôt que de reconnaître une forme.
Non, dans l'immense majorité des cas. Les boîtes de vitesses, directions, suspensions et bras articulés de ce rayon s'actionnent à la main par une molette ou un levier. Seule la pelleteuse Volvo EC500 42215 est livrée avec un moteur, et elle porte une mention pour adultes.
Les modèles à mécanique visible et peu de couches, comme le Monster Jam DIGatron 42199 dès sept ans ou l'avion de brousse 42198 dès huit, se tiennent en autonomie. Au-delà, la difficulté vient moins des doigts que de la patience nécessaire pour ne pas voir le résultat avant la fin.
Regardez si la boîte montre des minifigurines. Un Technic n'en contient pas et met en avant un châssis, des engrenages ou un moteur ouvert. Un set de chantier ou de F1 avec des personnages appartient à Lego City, une maquette de voiture avec une figurine de pilote sur socle relève des sets pour adultes.