Bande dessinee
C'est la première surprise de qui ouvre un manga sans y être préparé. L'édition française respecte aujourd'hui le sens de lecture japonais : on prend le livre par ce qui ressemble à la quatrième de couverture, les pages se tournent de gauche à droite, et chaque planche se lit de droite à gauche en partant de la case en haut à droite. Les bulles d'un même échange suivent la même règle. La plupart des éditeurs impriment d'ailleurs un avertissement sur la dernière page, preuve que l'erreur est courante.
Ce sens de lecture n'est pas une coquetterie. Les premières traductions françaises retournaient les planches en miroir, ce qui transformait les droitiers en gauchers, inversait les décors et abîmait les onomatopées dessinées. Le retour au sens original a rendu aux planches leur composition. En pratique, un lecteur qui découvre met une dizaine de pages à s'habituer, puis le réflexe ne se perd plus. Les comics américains et les albums franco-belges se lisent, eux, dans le sens habituel : Batman Année Un, Astérix chez les Pictes ou Mortelle Adèle ne posent aucune question de ce genre.
Ces trois familles cohabitent dans le même rayon, mais elles ne se manipulent ni ne s'offrent de la même façon.
Ce détail matériel a une conséquence directe sur le cadeau. Un album cartonné se pose sur une table basse et se feuillette à plusieurs, un recueil de comics se lit d'une traite comme un roman graphique, un tankobon se termine en une heure et appelle aussitôt le suivant. Trois formats, trois façons d'occuper une soirée, et trois budgets qui n'ont rien à voir une fois la série complète.
Ces termes sont presque toujours présentés comme des genres, ce qu'ils ne sont pas. Ils désignent le lectorat du magazine japonais où la série a d'abord été prépubliée : shonen pour les adolescents, shojo pour les adolescentes, seinen pour les jeunes adultes, josei pour les lectrices adultes. C'est une indication de ton et de public d'origine, pas une classification d'âge, et encore moins une garantie de contenu.
La conséquence compte quand on achète pour un mineur. Un shonen peut être très violent, un seinen peut être paisible. Les éditeurs français ajoutent leurs propres mentions, du type conseillé à partir de tel âge ou public averti, et ce sont celles-là qu'il faut lire. Certaines séries de ce rayon, parodies destinées aux adultes ou comics affichant explicitement violence et sexualité, ne conviennent pas à un adolescent, quel que soit le mot japonais imprimé sur la tranche. Deux minutes de résumé évitent un cadeau embarrassant.
Offrir le premier tome d'une série est le geste le plus courant et le moins satisfaisant. Dragon Ball ou Young GTO en tome 1 font un cadeau modeste : la personne lit son volume en une heure et se retrouve devant des dizaines de tomes à financer elle même. L'intention était bonne, le résultat ressemble à un échantillon.
Trois options tiennent mieux la route. Un récit refermé sur lui même, comme Batman Année Un, ne réclame aucune suite. Une intégrale ou un coffret offre une histoire entière, et c'est ce qui distingue un vrai cadeau d'une amorce : Maus, publié en deux volumes, se trouve aussi réuni en un seul. Enfin, une série courte, annoncée en trois à six tomes, se complète sans y consacrer une année. Si vous tenez malgré tout au tome 1 d'une série longue, offrez les trois premiers : c'est en général au troisième volume qu'un lecteur sait s'il continue.
C'est l'accident classique du rayon. Les séries au long cours dépassent largement la dizaine de volumes : My Hero Academia circule au delà du quarantième tome, Berserk également, Mortelle Adèle et les albums d'Astérix alignent eux aussi des numéros à deux chiffres. Acheter au hasard revient à parier sur un trou précis dans une collection.
La vérification prend une minute. Le numéro figure sur le dos du volume, près du logo de l'éditeur, et une photo de l'étagère du destinataire suffit à repérer le manquant. À défaut, deux solutions sûres : le dernier tome paru, qu'un lecteur assidu n'a souvent pas encore acheté, ou un hors série qui ne s'insère pas dans la numérotation. Méfiance aussi du côté des comics, où plusieurs cycles portent le même titre avec des numérotations qui repartent de zéro.
Le contenu est identique, l'objet ne l'est pas, et l'écart se joue sur des points que les fiches produit détaillent rarement. Le papier d'abord. Un papier épais et légèrement teinté rend les aplats noirs profonds et empêche la planche du verso de transparaître, quand un papier fin et grisâtre fait baver les trames. Sur un dessin très travaillé en noir et blanc, la différence saute aux yeux dès la première page.
Le format ensuite. Les éditions dites grand format, ou perfect edition, agrandissent les planches et rendent lisibles des détails invisibles au format poche. L'impression compte autant : la finesse des trames, la densité des noirs, la justesse des couleurs sur un comics. Restent la jaquette, la solidité de la reliure et les pages couleur du début de volume, souvent tirées sur un papier différent, que les éditions économiques suppriment en premier.
Les éditions spéciales vont du contenu réel au simple emballage, et cela se vérifie avant d'acheter. Une édition collector comme celle de Berserk ou des Carnets de l'apothicaire peut apporter un coffret rigide, un format agrandi, des pages en couleur, un cahier graphique ou une jaquette exclusive. Une édition anniversaire, à l'image de celle de Batman Hush, ajoute souvent des croquis, des couvertures alternatives et un appareil éditorial.
D'autres se contentent d'un fourreau et d'un marque-page. Le contenu additionnel est presque toujours listé quelque part sur la fiche : quand la mention reste vague, l'écart de prix porte sur le carton. L'artbook suit une logique voisine. C'est un livre d'illustrations, pas un récit : un artbook tiré d'une série animée fait un cadeau superbe pour qui connaît déjà l'univers et un objet muet pour qui le découvre. Règle générale, le collector s'offre à un lecteur qui possède déjà la série, jamais pour lui faire découvrir un titre.
Par ce qui ressemble à la couverture arrière. Les pages se tournent de gauche à droite et chaque planche se lit de droite à gauche, en partant du haut.
Le numéro est imprimé sur le dos. Une photo de l'étagère règle la question, sinon le dernier tome paru reste l'option la plus sûre.
Seulement si le contenu additionnel est détaillé : format agrandi, pages couleur, cahier graphique. Un simple fourreau ne justifie pas l'écart.
Cela dépend du titre, pas de la catégorie. Fiez-vous à la mention d'âge de l'éditeur français et au résumé plutôt qu'au mot shonen.