Vinyle et CD
Un chiffre revient dans les descriptifs : 140 g, 180 g, parfois 200 g. Il mesure la quantité de PVC, rien de plus. Un pressage 180 g comme l'Axis: Bold As Love de Jimi Hendrix ne contient pas plus d'information qu'un pressage standard du même master, la gravure est identique.
Ce qui change, c'est la mécanique. Un disque épais résiste mieux au voilage, ce gondolement dû au rangement à plat ou à la chaleur. La planéité n'est pas cosmétique : un disque voilé fait monter et descendre le bras à chaque tour, et l'oscillation s'entend sur les notes tenues. Contrepartie discrète, l'épaisseur surélève la surface gravée et modifie l'angle de lecture, ce qui se rattrape sur les platines à hauteur de bras réglable. Le grammage annonce une tenue dans le temps, pas une qualité sonore : un mastering raté pressé sur 180 g reste un mastering raté, simplement plus lourd en main.
Les deux vitesses ne séparent pas que l'album du single. À 45 tours, une même seconde de musique occupe une plus grande longueur de sillon, et le graveur dispose de plus de place pour les aigus et les écarts de niveau. D'où les rééditions audiophiles étalées sur quatre faces, et le maxi 30 cm, celui d'un Say You Say Me de Lionel Richie chez Motown, gravé large et fort pour les clubs.
Le 33 tours s'est imposé parce qu'il tient une vingtaine de minutes par face. Cette contrainte explique le double album : un live comme Made in Japan de Deep Purple, ou un double Eric Clapton, ne relèvent pas du caprice d'édition, la musique ne rentrait pas. Elle explique aussi un phénomène rarement décrit : la distorsion augmente en fin de face, quand le sillon se resserre près de l'étiquette. D'où l'habitude de ne pas placer le morceau le plus délicat en dernière position.
Un même titre existe en dizaines de versions. Un exemplaire d'origine porte la couleur sonore de son temps, mais il traîne quarante ou cinquante ans d'histoire inconnue : rayures fines, poussière incrustée, flancs de sillon fatigués par une pointe usée. Le marché de l'occasion note d'ailleurs l'état, du Mint au Good, jamais le son.
La réédition propose l'inverse, un vinyle neuf et silencieux, une pochette intacte, plus de loterie. En échange, la gravure peut s'écarter de celle que le destinataire a en tête, certaines rééditions repartant d'une bande analogique, d'autres d'un fichier, avec parfois une dynamique resserrée. Les mentions de gravure à demi vitesse ou de chaîne analogique figurent sur la pochette quand l'éditeur en est fier. Pour offrir, la réédition scellée reste le choix sûr, comme sur les catalogues repressés de Led Zeppelin. Le pressage d'origine se réserve à qui sait quelle édition il cherche.
Poser un vinyle tout juste déballé sur le plateau, c'est sauter une étape. Le pressage laisse un résidu d'agent de démoulage et une fine poussière de matière, et la manipulation le charge en électricité statique, qui attire tout ce qui vole dans la pièce. Un premier passage de brosse en fibre de carbone, disque en rotation, retire une part des craquements attribués au pressage.
Attention au vocabulaire des rayons : un nettoyant vinyle et PVC, comme le concentré Wepos, s'adresse aux sols, pas aux sillons d'un microsillon. Le mot vinyle désigne d'abord une matière, d'où sa présence sur des revêtements, des adhésifs et des figurines de collection. Pour le reste, trois réflexes suffisent : tenir le disque par la tranche et l'étiquette, le ranger debout, remplacer la pochette intérieure en papier par une pochette antistatique. Les protections extérieures du type Kestrel préservent la pochette cartonnée, souvent ce que le disque a de plus fragile.
Un vinyle ne s'abîme pas parce qu'on l'écoute, il s'abîme parce qu'on l'écoute mal. La pointe de lecture est un diamant taillé qui parcourt les deux flancs du sillon. Usée, ébréchée ou empâtée de poussière, elle ne suit plus le tracé, elle le rabote, et aucun nettoyage ne rattrape une gravure creusée.
La force d'appui se règle au contrepoids, dans la plage indiquée par le fabricant de la cellule. L'erreur la plus répandue consiste à alléger pour ménager le disque, alors que c'est l'inverse qui se produit : trop légère, la pointe décroche dans les passages chargés et frappe les parois du sillon. Trop lourde, elle accélère l'usure. L'antiskating compense la force qui tire le bras vers le centre, et son absence déséquilibre la pression entre les deux flancs. Une platine comme la Fluance RT84 autorise ces réglages. Les valises tourne-disque à cellule céramique appuient bien davantage, et un pressage rare y perd en quelques écoutes ce qu'il avait tenu des décennies.
Un CD n'est pas un bloc de plastique, c'est un empilement : polycarbonate transparent, couche d'aluminium très fine, vernis, impression. La face fragile est donc celle de l'étiquette, pas celle qu'on inspecte. Une rayure côté transparent reste loin de la couche utile et se rattrape en partie par la correction d'erreurs, une entaille côté imprimé emporte l'aluminium et la musique.
L'autre faiblesse est chimique. Quand le vernis est poreux ou mal fermé sur la tranche, l'humidité oxyde l'aluminium et le disque devient translucide par plaques. Les disques gravés à la maison sont plus délicats encore, leur couche colorante organique craignant la lumière et la chaleur. À l'usage, le CD garde en revanche un avantage massif : la lecture ne touche rien. Un laser ne creuse pas, et un Black Album de Metallica lu mille fois sonne comme à la première écoute.
La question se pose à l'envers : ce qui sépare les deux supports n'est pas leur espérance de vie, c'est leur façon de se dégrader. Le vinyle prévient : les craquements s'installent, le haut du spectre se ternit, et il reste écoutable longtemps. Le CD fonctionne parfaitement jusqu'au jour où il ne se lit plus du tout. Des deux côtés, l'ennemi reste la chaleur : une pile oubliée dans une voiture au soleil fait plus de dégâts que dix ans d'écoutes. Dans un coffret comme le Born to Be d'ITZY, le plus périssable n'est d'ailleurs pas le disque, ce sont les cartes.
Le noir d'un disque n'a rien de décoratif. Il vient du noir de carbone ajouté au PVC, qui rigidifie la matière et évacue une partie de l'électricité statique. Les mélanges colorés, transparents ou marbrés en contiennent peu ou pas, d'où la réputation d'un bruit de fond plus présent. La fabrication moderne a réduit l'écart, et un pressage coloré soigné n'a rien de honteux. Le picture disc reste à part : son image est prise entre deux fines couches de vinyle, la surface lue n'est plus une matière homogène, et cela s'entend.
D'où une règle simple : un disque promis à des écoutes répétées gagne à être noir, un disque promis au mur, comme les éditions colorées du type CHROMAKOPIA, assume son statut d'objet.
Un 30 cm, c'est d'abord une pochette d'environ 31 centimètres de côté, seul format où l'illustration d'un album existe à une taille qui tient debout dans un cadre. Les gatefolds, les encarts et les affiches font partie du cadeau, et beaucoup de disques passent des mois au mur en attendant la platine.
Deux précisions rendent le geste plus juste. Beaucoup d'éditions récentes glissent un code de téléchargement dans la pochette, mais rien ne l'impose : cela se vérifie au dos. Si le destinataire écoute vraiment tout en numérique, le CD rend parfois mieux service : une bande originale en édition anniversaire comme celle de Gladiator, ou la Cinquième de Mahler dirigée par Simon Rattle, supportent mal un retournement au milieu d'un mouvement.
Le mastering pèse plus lourd que le format. Un même titre peut exister en version très compressée sur CD et en gravure plus aérée sur vinyle, ou l'inverse.
Une brosse antistatique avant chaque face suffit. Le nettoyage humide se réserve aux exemplaires d'occasion, et le disque doit sécher avant de rejoindre sa pochette.
Selon les heures d'écoute annoncées par le fabricant, pas selon son aspect, qui ne trahit presque rien. Elle coûtera toujours moins cher que les disques qu'elle abîme.